Témoignages - Cédric

L'accouchement - La deuxième opération

La grossesse

Cédric a été conçu à la fin du mois de Juillet 2003. C'était une grossesse désirée, aussi, dès l'approche de ma date de règles, j'étais si impatiente de savoir que j'ai acheté un test de grossesse. Je ne l'ai pas fait tout de suite par peur de fausser le résultat, mais, posé en évidence dans le salon, il semblait m'appeler chaque fois que je passait devant. Je crois que j'ai tenu 24 ou 48 heures, et puis je suis devenue tellement imbuvable que Jérémie m'a priée d'aller le faire. Je n'étais pas sortie des toilettes que déjà une trace apparaissait signifiant qu'il était positif! Un moment de pur bonheur pour moi!

J'ai prévenu ma famille dès que j'ai su que j'étais enceinte, je ne pouvais pas attendre j'étais trop contente. La prise de sang a confirmé le test et j'ai su que je n'étais pas immunisée contre la toxoplasmose. Je ne savais pas bien ce que je devais faire comme examen, aussi je suis allée chez un médecin près de chez moi, le seul ouvert en ce mois d'Août, qui m'a déclaré sèchement que la grossesse n'était pas une maladie et m'a enjoint de contacter ma gynéco. Ca a un peu refroidi mes ardeurs...

Le premier trimestre a été moins dur que je ne le craignais. Les nausées n'étaient pas trop pénibles, mais je ne pouvais rien avaler. L'idée même d'entrer dans la cuisine me soulevait parfois le cœur, mais je n'ai jamais vomi. J'étais souvent fatiguée, je m'endormais n'importe où et j'avais mal aux seins.
Je consultait tous les jours des sites internet parlant de grossesse pour savoir comment évoluait mon bébé. J'aurai voulu que ça se voit tout de suite. Pourtant au début malgré ma joie d'être enceinte, depuis le temps que je désirais un enfant, j'étais très anxieuse, je me posais beaucoup de questions. Tout à coup j'ai réalisé que j'allais vraiment avoir un bébé et que je ne pouvais plus reculer, et bien sur dans ces moments là on se demande si on a bien réfléchi, si on a fait le bon choix, si on saura être à la hauteur... et surtout si on va faire les mêmes erreurs que nos parents!
Très vite, j'ai eu rendez-vous pour la première échographie, en réalité j'ai cru que le rdv était à des années lumières, mais finalement c'est arrivé. Nous y sommes allés tous les deux avec Jérémie, et nous avons été très étonnés de voir à quel point notre petite crevette ressemblait déjà à un bébé! Tout est en ordre, bébé va bien! Moi ça m'a fait bizarre de voir à l'écran ce petit être vivant alors que de l'extérieur on ne soupçonnait rien du tout, j'avais même un peu peur.


L'hiver est arrivé pour mon 2e trimestre de grossesse. Je me sens pleinement enceinte et les petits maux du début disparaissent peu à peu. Je profite, pointe le bide en avant pour qu'on assimile bien la petite rondeur de mon ventre à une grossesse. Je demande constamment à mes proches si j'ai l'air grosse ou enceinte? J'ai hâte de savoir le sexe du bébé, l'attente est longue avant la 2e échographie... Avec le travail, le temps passe plus vite, en plus je fais pas mal de petites formations à Paris, je n'ose pas encore demander de place dans les transports! Finalement, le jour tant attendu arrive, je suis très excitée, Jérémie est plus sérieux que moi.

Ma sœur aînée m'a dit beaucoup de bien de l'échographiste, il est effectivement très gentil et plaisante tout le temps. En arrivant, il me demande si je suis pressée, je répond que oui, surtout de savoir si c'est une fille ou un garçon. On a pas vraiment de préférence mais on a surtout trouvé des prénoms de fille. Le médecin me dit un peu sérieux qu'il faut surtout savoir si le bébé est en bonne santé avant de chercher le sexe...
Je réponds oui bien sur, mais je suis très confiante vu que tout allait bien à la première échographie. Et puis c'est mon bébé que j'aime de tout mon cœur alors il ne peut être que parfait, y'a pas de raison!
L'examen est assez long, le médecin plaisante beaucoup il y a une bonne ambiance et moi je suis émerveillée de voir mon bébé à l'écran, c'est incroyable, d'autant que je le sens bouger en même temps que je le vois (je le sens depuis le début du 4e mois!). Je vois son visage de profil, je remarque que l'image donne l'impression que sa lèvre est un peu proéminente, c'est sûrement un effet de l'échographie.
Le médecin examine le cœur, il est de plus en plus concentré et silencieux. Il nous explique que c'est difficile de bien voir à ce stade et qu'il doit être attentif. Je suis confiante, c'est pour tout le monde pareil!
Enfin il a terminé, je n'ose pas demander pour le sexe, j'ai peur d'être mal jugée... Le médecin me regarde, la mine sérieuse, et il me dit "j'ai une mauvaise nouvelle"... comme il a beaucoup plaisanté je me figure qu'il dit ça pour rire et qu'il va dire "vous attendez des triplés" ou quelque chose dans ce genre. Ce n'est pas ça, il me dit "votre bébé a un bec de lièvre et un pied bot, et je crois aussi un problème cardiaque." Par réflexe je souris, sure que cette énormité est une mauvaise blague. Mais mon sourire se fige d'un coup, il est sérieux
Je ne réalise pas. C'est comme si on venait de m'asséner un coup et que je n'avais pas encore compris d'où c'était arrivé. Tout juste si j'entend que c'est un garçon. Le médecin me dit qu'il faut faire un examen complémentaire avec un autre échographiste, pour confirmer ou infirmer, qu'il s'occupe de tout et qu'il me prend rdv en urgence avec ma gyneco. Puis il quitte précipitamment la pièce.
Je me retourne vers Jérémie, il a la mine déconfite, il a l'air de mieux réaliser que moi. Je sens que je vais pleurer et pourtant je n'assimile toujours pas l'information. Ca ne peut pas être vrai, pas moi, pas mon bébé!
On est Samedi, comme à mon habitude dans ces cas Là j'ai besoin de parler. J'appelle d'abord ma patronne pour la prévenir que je ne serai pas là Lundi à cause des examen, je lui explique d'une voix blanche, mais quand je dis "il a aussi sûrement un problème au cœur" je sens que l'information est entrain de s'infiltrer en moi comme un poison, j'ai la voix qui tremble, je pleure.
Le week end se passe dans un état second, nous sommes sonnés comme si on avait reçu un énorme coup de massue sur la tête. Tout est irréel, je n'arrête pas de me dire que c'est un cauchemar, que je vais me réveiller.
Le Lundi, je vois ma gynéco, elle essaie d'être rassurante, il faut un 2e examen pour être sûr, et puis c'est pas si grave ça se soigne bien, d'ailleurs l'échographiste avait un bec de lièvre lui aussi : ah bon? J'ai rien vu du tout! Vous voyez!
Les autres échographistes sont tous en congés, il y en a un qui accepte de venir à son cabinet le lendemain pour m'ausculter. Mais le lendemain nous attendons tout l'après midi dans sa salle d'attente, il n'a pas pu venir... le rendez vous est reporté au jour suivant.
Moi qui ait toujours attendu les échographies avec impatience et qui ait adoré ces moments, je passe une heure abominable. L'examen est très long, il fait très chaud dans la salle, le médecin pour bien voir appuie très fort sur mon ventre, j'ai mal mais je ne dis rien, je veux qu'il soit sur de son diagnostic. Il y a un écran télé juste en face de mon visage, énorme, et je vois tout en gros plan, il me semble qu'on reste des heures a examiner son cœur sous toutes les coutures, c'est indécent, j'ai l'impression qu'on viole son intimité, le médecin appuie très fort sur le bas de mon ventre, il tremble énormément, j'ai mal, je me sens mal, j'ai chaud, j'ai envie de vomir, je crois que je vais m'évanouir.
Enfin c'est fini. Il confirme tout ce qui a été vu à la première écho, et même il semble qu'il n'ait qu'un seul rein. Je sais c'est idiot mais j'avais espéré qu'il me dise que tout était faux. Mais non, c'est pire encore. Il m'explique, tout ça sur un même bébé c'est pas normal, c'est sûrement lié a une maladie, un problème génétique. Il nous parle d'interruption médicale de grossesse.

Pour Jérémie et moi c'est la descente aux enfers, on est perdus, malheureux, on se demande ce qui nous arrive. On revoit la gynéco qui nous annonce le programme : amniocenthèse d'abord puis suivi à Paris pour d'autres échographies, d'autres examens. J'ai peur, les vacances de Noël arrivent, Jérémie et moi sommes très très mal. Je reçoit les résultats de l'échographie de confirmation, je lis le bilan : il y a là plein de mots inconnus dont le médecin ne m'a même pas parlé! Hypospade, hyper-teylorisme etc... je tape les mots sur un moteur de recherche, je tombe sur des sites médicaux avec des photos ignobles, j'ai l'impression que je vais mourir...
Je dis a Jérémie : c'est fini, on ne va pas pouvoir le garder, c'est trop, il y a trop de choses, ce n'est pas normal, on va devoir faire une IMG.
Je me renseigne sur le déroulement de l'IMG, toujours sur internet, je lis des témoignages, je me prépare. Ca a l'air horrible, inhumain, toutes les mamans passées par là disent qu'elles ne s'en remettent pas, elles sont marquées à vie. Dans un coin de ma tête j'ai toujours cette sensation d'être dans un cauchemar, que c'est impossible tant de douleur!

Ma sœur aînée nous accompagne pour l'amniocenthèse. J'ai une peur bleue des piqûres, je suis morte d'angoisse. L'examen est très désagréable, en plus il faut me piquer deux fois, car la première fois le médecin n'a pas pu prélever de liquide. A un moment je ressent une grande douleur, je ne saurai jamais ce que le médecin a touché mais pendant le reste de ma grossesse je ressentirai souvent une douleur à cet endroit. Les fêtes de Noël s'annoncent bien tristes. Pourtant je reprends un peu espoir, on a reçu un avant goût du résultat de l'amnio qui écarte déjà 3 trisomies dont la 21... et puis ma belle sœur me fait un beau cadeau. Il faut dire qu'à ce moment là, je ne me sens plus enceinte, j'ai peur de m'attacher trop au bébé, j'essaie de ne plus y penser, de ne plus prêter attention à mon ventre et ça me tue à petits feux. C'est à ce moment là que ma belle sœur m'offre mes premiers vêtements de grossesse. Au début elle n'ose pas me les offrir mais je ne sais pas ce qui la pousse, finalement elle me les amène. Je ne veux pas les essayer, même pas les regarder, mais Jérémie me dit de le faire, et tout d'un coup quelque chose se passe. Comme si on avait rebranché quelque chose en moi, comme si le courant se remettait à fonctionner. J'essaie les vêtements, noirs comme si j'étais en deuil, pourtant ils sont très jolis et ça me va très bien! Je réalise alors que je suis toujours enceinte, que le bébé est toujours vivant, qu'il a besoin que je l'aime même si ce n'est pas pour longtemps. Je prends alors la décision de vivre au jour le jour ma grossesse, de profiter de chaque minute pour accumuler autant de souvenirs à chérir quand il ne sera plus là. J'ai lu sur le net que c'était important, qu'après l'img c'est tout ce qui me resterait de mon bébé, ces souvenirs de grossesse. Je me rends compte que mon bébé a déjà une histoire, qu'il est vivant et que ce qu'il aura vécu, même quelques mois dans mon ventre c'est déjà une vie.
Avec Jérémie on se serre les coudes, on se rapproche, on est uni comme jamais on ne l'a été. On a l'impression d'avoir vieilli de 10 ans, je remercie mon bébé pour tout ce qu'il nous apprend. Je me dit que si on ne fait pas de lui un enfant, lui aura fait de nous des parents... On décide de l'appeler Cédric, c'est Jérémie qui a choisi le prénom. Ce sera dans tous les cas notre premier enfant.

Après les fêtes, nous avons rendez vous à R. Debré. De mon côté je commence à anticiper l'img, je suis toujours certaine de devoir prendre cette décision. Je me renseigne sur le coût d'un enterrement, les démarches... puis j'ai ma gynéco au téléphone qui est toute excitée, très positive, elle me dit qu'elle est sure que tout ira bien, que ce n'est pas une maladie génétique, juste des malformations isolées.
Je devrais être heureuse mais ça me fait encore plus mal, comme si je devais recommencer à zéro ce parcours en enfer. J'avais pris une décision et fait mon possible pour m'y préparer, et me revoilà dans le doute, j'ai peur de reprendre espoir et de me faire encore plus mal.
Pourtant déjà l'espoir s'insuffle en moi, le combiné raccroché, la vapeur est inversée, la menace s'éloigne, je positive à nouveau. A Debré, l'échographie confirme le pied bot et le bec de lièvre, pour le cœur il faut une échographie. cardiaque faite par une spécialiste, le rein est "retrouvé" et toutes les petites anomalies soupçonnées en plus sont écartées. Je respire!
Jérémie, lui, est sceptique, il ne vit pas les choses de la même manière que moi, il reste quand même trois problèmes et il n'est pas sur de vouloir assumer tout ça. Le temps passe, on attend les résultats de l'amniocenthèse, finalement ils arrivent et confirment que le bébé n'a aucune anomalie génétique. Nous ne sommes toujours pas d'accord, Jérémie et moi sur le choix de l'img. Il faut encore faire l'écho cardiaque et aussi une irm pour voir si son cerveau est normal. A l'écho cardiaque, on m'explique que le cœur a un "foramen large", c'est juste une particularité, comme un grand nez ou des petits pieds, rien d'handicapant. La menace de l'IMG s'éloigne, s'il n'y a pas d'anomalie au cerveau on ne me la proposera même pas puisque ce sont des malformations que se soignent. Je suis confiante. Je recommence à vivre ma grossesse. Il était temps, j'entame mon 6e mois de grossesse!

3e trimestre, tous ces soucis nous ont drôlement éprouvés, ma gyneco me fait un arrêt de travail et m'enjoint de me reposer. Je me sens plutôt en forme. Pourtant 3 semaines plus tard il faut m'hospitaliser, j'ai des contractions toutes les 2 minutes. Ce ne sont pas des contractions de travail, elles ne sont pas douloureuses, mais elles risquent de faire ouvrir le col et de provoquer l'accouchement. Je suis complètement paniquée, j'ai peur de l'hôpital, j'ai peur pour mon bébé. On me perfuse dans le pli du coude, ce qui empêche tout mouvement du bras. Je vais mal, je pleure souvent, je suis prise d'angoisses, mais on traite surtout mes contractions et pas mon moral. Je suis perfusée au spasfon et au loxen. Les contractions s'apaisent mais à chaque fois qu'on parle de sortie elles redoublent. Je reste une semaine à l'hôpital, le temps de passer deux visites à Debré, dont l'irm. Bébé va bien! Je me rends compte que de toutes façons je n'aurai pas pu choisir une IMG à 7 mois de grossesse! Cédric est déjà trop présent dans nos vies!

Enfin je rentre à la maison, je n'ai pas le droit de quitter mon appartement et Jérémie s'occupe bien de moi, c'est tout juste si je peux quitter mon lit pour aller aux toilettes.
Les journées sont longues, Jérémie m'a installé l'ordinateur dans la chambre, je peux m'occuper un peu sans bouger de mon lit, en restant en position allongée. C'est pas très pratique mais je prends mon mal en patience. J'ai tellement peur de devoir retourner à l'hôpital!
Peu à peu la menace s'éloigne et je recommence à prendre des habitudes à la maison. Entre temps mon ventre est devenu énorme ce qui ne facilite pas mes mouvements! A la fin du 8e mois, j'ai à nouveau le droit de sortir et de vivre normalement, mais mon ventre est si gros que je ne peux pas faire grand chose. La nuit je ne dors quasiment pas, la position allongée deviens de moins en moins supportable, parfois je ne peux plus bouger d'un poil sans ressentir d'énormes douleurs articulaires! J'ai hâte que ça se termine, je suis épuisée.

Nous avons préparé la valise et la chambre du bébé, le lit est monté, les draps sont mis, nous attendons. Enfin, dans la nuit du 13 Avril alors que je n'avais quasiment pas ressenti une contraction depuis mon retour de l'hôpital, les contractions reprennent...

L'accouchement :


C'est la nuit, il doit être 2 heures du matin, 3 peut être.
J'ai mal au ventre, une douleur diffuse, comme une douleur de règles. Je pense que ce sont mes intestins et que je vais pas tarder à aller aux toilettes. Ca m'arrive de temps en temps en ce moment. Pourtant j'ai comme un pressentiment mais je ne m'affole pas, je me dis qu'on verra bien. Je vais plusieurs fois aux toilettes, en ce moment la nuit je fais pipi quasiment toutes les heures, c'est horrible parce que m'extirper du lit est un véritable effort et j'ai très mal au dos et aux articulations du bassin.
Peu à peu je commence à ressentir la sensation familière des contractions, mais elles ne sons pas tout à fait comme celles que j'ai déjà ressenties, qui étaient bien séparées les une des autres et facilement reconnaissables. Là c'est un peu confus, je ne suis toujours pas sure.
Il est 4 heure du matin. Ca y est, j'en suis sure, ce sont bien des contractions. Elles partent du dos comme des vagues mais ne sont pas douloureuses au niveau du ventre. J'ai eut tant de fausses alertes avant ça que je ne m'inquiète pas. Et puis dans tous les livres que j'ai lu sur la grossesse, c'est écrit qu'il ne faut pas se précipiter pour un premier bébé. Je décide de ne rien dire à Jérémie qui dort près de moi. Il aura besoin d'avoir dormi pour m'accompagner tout le long du travail...
Je regarde le réveil à côté de moi, les contractions sont parfois espacées de 5 minutes, d'autres fois 2, et de temps en temps il y a de longues pauses. J'ai le temps, ce n'est pas très régulier.
6 heures du matin. Je sais maintenant que le travail est commencé, je suis calme, je ne m'inquiète pas. Ce qui doit arriver arrivera, mieux vaut rester "zen". J'attend encore un peu, je prends du spasfon pour voir si ça passe. Mais les contractions sont toujours espacées de 2 minutes, je me demande si c'est pas un peu rapproché pour rester à la maison?
7h00 : je secoue Jérémie. "Je crois que ça a commencé, je vais accoucher. Ne t'inquiète pas on a un peu de temps". Je sens qu'il est un peu nerveux et je le comprends à 100% ... j'ai beau paraître calme, je commence à avoir un peu la trouille. Je demande à Jérémie de m'aider à faire ma toilette et à m'habiller. Je prends mon temps j'ai pas envie qu'on m'envoie promener, à l'hôpital...
7h30 : Jérémie appelle les pompiers, comme on ne conduit ni l'un ni l'autre. Je ne sais pas pourquoi il me paraît important que ce soit lui qui appelle. Mais les pompiers demandent à me parler, ils me posent plein de questions au téléphone, j'ai l'impression de devoir me justifier! Un instant je panique, est ce qu'ils vont réellement venir me chercher?
Finalement ils arrivent, Jérémie a la valise, on peut y aller. Il faut descendre les escaliers, je m'arrête à chaque contraction. Dans l'ambulance, le trajet est court mais éprouvant, avec les contractions chaque secousse est douloureuse.
8 heures : Nous voilà à l'hôpital, une sage femme m'examine, je m'aperçoit que j'ai perdu un peu de sang. Elle me confirme que je suis en travail, je suis dilatée à 6 cm! Elle me demande de la suivre directement en salle de travail. Je suis contente, car ça ne devrait pas être long vu comme c'est déjà bien commencé! La sage femme me dit que je devrais avoir accouché pour 12h00. Elle me met sous monitoring et tensiomètre, une infirmière me pose une perfusion d'eau, les contractions sont vraiment douloureuses, mais je reste détendue, c'est supportable grâce aux pose entre deux. Une autre sage femme prend le relais pour la journée, elle est super gentille. Elle m'ausculte, il est 9h30, j'ai gagné 1/2 cm... je suis déçue, je pensais être au moins à 8!
Je commence à perdre les eaux par petites quantités. C'est une drôle de sensation!
10h30 : le col a à peine bougé, la sage femme me demande si je veux la péridurale. En respirant profondément, j'arrive à gérer les contractions, toujours persuadée que ça ne sera pas trop long, je refuse, je veux me montrer forte pour que mon chéri soit fier de moi.
11h00 : à peine à 7cm... la sage femme est un peu inquiète. Elle me préviens que l'anesthésiste va bientôt prendre sa pause-déjeuner, que si je veux changer d'avis il me reste 1/2 heure. Je lui dit que je vais réfléchir.
11h30 : je refuse à nouveau la péridurale. Je suis à 7 1/2, ça n'avance pas... je n'aurai pas accouché pour 12h00!

A 8 cm je bloque, ça ne dilate plus... la sage femme me dit qu'elle va rompre ce qui reste de la poche des eaux pour relancer le travail. Mais ça ne marche pas mieux. Mes contractions sont douloureuses, régulières, mais inefficaces. Je ne me sens pourtant pas particulièrement nerveuse. Mais je commence à être sérieusement fatiguée. Je me lève un peu pour accélérer le travail, mais j'ai vraiment mal, je m'appuie sur le lit, je commence à me sentir un peu submergée par la douleur. Je décide de me recoucher.

12h30 : la sage femme me dit qu'elle va me mettre un produit dans la perfusion qui va accélérer le travail et rendre mes contractions plus puissantes. Elle me préviens que la douleur va décupler... je demande ce qu'il va se passer si je ne dilate toujours pas : réponse : il faudra alors faire une césarienne. J'ai peur, je lui dit que je ne suis pas sure d'arriver à gérer une douleur plus forte avec le produit, elle me dit que dans ce cas elle va attendre le retour de l'anesthésiste si je désire une péridurale. J'accepte, je suis épuisée. J'ai l'impression que l'anesthésiste n'arrivera jamais...

13h30 : Ca y est, l'anesthésiste arrive! C'est une femme. J'ai terriblement peur de la piqûre mais j'ai déjà tellement mal que je me dit au point où j'en suis... je demande si Jérémie peut rester pendant la piqûre. Il est tellement posé et calme que l'anesthésiste accepte, je suis soulagée. Depuis ce matin il est avec moi, il m'encourage, me tiens la main, même si je lui ai demandé de ne pas me toucher pendant les contractions car j'ai besoin de me concentrer pour supporter la douleur.
Jérémie se place devant moi, je suis assise au bord du lit, je fais le "dos rond", je sers très fort ses mains, je le regarde, je me sens portée par sa présence, son amour...
Je ne veux pas regarder la seringue, l'anesthésiste m'explique qu'elle va d'abord faire une anesthésie locale, que je vais sentir une brûlure, et qu'ensuite elle fera la péridurale et qu'il ne faudra pas bouger. L'anesthésie locale est douloureuse, effectivement le produit brûle. Immédiatement après elle m'annonce qu'elle va piquer. J'ai peur, le produit a-t-il eu le temps d'agir? Je sens une toute petite piqûre puis plus rien, elle me préviens que je vais ressentir une sorte de décharge électrique, qu'il ne faudra pas bouger. Effectivement, quand l'aiguille atteint la colonne, ça fait une sensation bizarre, un peu comme quand un membre engourdi se réveille, c'est pas douloureux mais pas très agréable et inconfortable. Je suis immobile comme une statue, je ne sens plus rien au niveau du dos. J'attend un moment puis je demande si c'est fini, elle me répond que oui. Je suis étonnée et soulagée : c'est pas si terrible, on sent rien du tout!
La sage femme me dit que le produit devrait agir dans 1/2 heure à peu près. Il est 14h15 ...

14h45 : c'est long, j'ai moins mal mais j'ai quand même mal... je suis fatiguée, j'en ai marre, j'ai envie de pleurer. Mes jambes sont prises de tremblements, la sage femme m'explique que c'est dû à la fatigue. Moi je sens que c'est aussi la peur qui prend le dessus. Elle me pose le produit pour accélérer le travail. Jérémie sors faire un tour, sa mère et sa s÷ur sont dans la salle d'attente. Il est 15h00, je commence à me sentir mieux.

16h00 : la douleur reprend, c'est bizarre, je ne la sens plus dans le dos ni le ventre mais le bas du ventre, dans le vagin, c'est très violent, je sens que la douleur est étouffée par l'anesthésie mais elle est très forte. Mon corps s'agite à l'intérieur, j'ai peur, c'est totalement différent des contractions que j'ai eues jusque là. Ca brûle un peu à l'intérieur, je sens mon vagin se dilater tellement que j'ai l'impression qu'il va craquer. Une irrésistible envie de pousser me prend et augmente à chaque contraction.

16h30 : Je pousse malgré moi, j'appelle la sage femme, elle arrive et me dit "ben vous ne nous attendez pas pour pousser? Je lui répond que je fais pas exprès, c'est mon corps qui pousse! J'ai l'impression de ne plus rien contrôler. Je suis totalement paniquée mais j'essaie de ne pas le montrer. Avec les assistantes et d'autres personnes, la sage femme installe les étriers sur la table, elle m'explique un peu. Entre temps, Jérémie arrive, ouf! Il était temps!

16h45 : pousseeeeez! La sage femme m'explique qu'il faut profiter des contractions pour pousser, au moins deux fois, 3 si possible, elle me montre le geste : retenir sa respiration, agripper les poignées, se redresser et pousser : pas dans les joues mais bien dans le bas du ventre. C'est technique! Elle me préviens quand commencer mais je sens très bien les contractions, comme si je n'avais jamais eu de péridurale... dans cette position, les jambes écartées dans les étriers, je me sens très mal, à la merci de tous, il y a deux sage femme, un médecin, une assistante qui m'a demandé de rester, je la connais c'est une ancienne camarade de classe. Je suis contente qu'elle soit là, elle me parle et m'apaise.
La contraction arrive, j'agrippe les poignées, j'ai du mal à soulever mon corps, gros et perclus, j'ai l'impression que les poignées sont à des kilomètres! Je pousse en râlant : ça ne va pas, je pousse avec le visage. Je reprend ma respiration "recommencez" me crie la sage femme, j'essaie à nouveau, je sens les muscles du bas du ventre qui travaillent, je suis dans la bonne voie. La sage femme m'encourage, c'est mieux! Mais il faut pousser plus fort et surtout plus longtemps, car le bébé remonte. Je recommence à la contraction suivante, et encore, et encore! Bébé descend petit à petit, je croyais que ce serait plus rapide! La douleur est intolérable et ça soulage de pousser! Mais je suis épuisée! Je mets tellement de force dans mes poussées que j'ai l'impression que je vais m'évanouir. Ca ne va pas, le bébé est coincé mais on ne me le dit pas, on m'encourage. Je n'en peux plus. A la contraction suivante je fais semblant de ne rien sentir, je veux souffler, mais je me sens si faible qu'à la contraction d'après je n'ai pas le courage de m'y remettre. Je ne sens plus de contractions, j'ai l'impression que je vais m'évanouir de fatigue. Dormir, dormir, allez un petit peu s'il vous plaît juste 5 minutes! J'entends cliqueter sur la table, je pressent que la sage femme va pratiquer une épisiotomie, elle se tiens prête et attend que je pousse. Je sens que la contraction arrive, mais comme si mon corps hésitait, j'hésite aussi. Elodie, l'assistante, s'aperçoit que la sage femme va couper sans attendre que je pousse, elle me crie dans l'oreille : "pousse!" Ca me réveille d'un coup, j'agrippe les poignées je pousse de toutes mes forces, avec l'impression de me vider totalement de mon énergie... j'ai l'impression d'être totalement inefficace... je sens une petite coupure et un gros flot de liquide chaud tomber d'un coup de mon vagin! Elle a coupé mais je n'ai quasiment rien senti en poussant, j'ai déjà bien trop mal. Le plus douloureux ce sont les mains de la sage femme qui ne cesse depuis le début d'écarter au maximum mon vagin, ça brûle c'est terrible!
Elodie et la sage femme m'encouragent : c'est bien, on y est presque! Encore une, allez, on voit ses cheveux, ils sont blonds! Ca me redonne du courage, je suis portée uniquement par leurs voix, sans lesquelles je laisserait purement et simplement tomber... "allez c'est la dernière! Vous vous débrouillez très bien" je dis en haletant "ça fait 3 fois que c'est la dernière!" " si vous poussez fort vous pouvez y arriver en une fois, allez! Il faut qu'il sorte, maintenant!" Jérémie m'encourage, sans rien dire mais je le sens à la tension de son corps, il halète dans mon oreille, je me rends compte que s'il pouvait il se coucherait à ma place pour pousser! Je négocie avec moi même : allez, pousse avec tout ce que tu peux, mets y toute ta force une bonne fois pour toutes! Je réalise que si je ne fais pas ça je risque de pousser encore une heure car à chaque fin de poussée, le bébé remonte d'autant dans mon vagin.
J'agrippe ànouveau les poignées, je laisse monter un peu la contraction, quand elle deviens suffisamment forte je pouuuuusse en retenant mon souffle, je suis prête à pousser jusqu'à ce que je m'évanouisse, tout mes efforts se concentrent en un point précis pour faire sortir le bébé... "c'est bien c'est super! allez-y, respirez! respirez!" Je relâche, prends une goulée d'air très vite, avant que mon corps refuse d'aller plus loin et c'est reparti, je pouuuuusse!

"Ca y est arrêtez ne poussez plus, la tête est sortie!" Je m'affale sur le lit, des points noirs volent partout autour de moi, toute la pièce tourne, j'utilise mes dernières forces pour avaler de grandes goulées d'air. Soudain une abominable douleur m'envahit, la sage femme est entrain d'extraire mon bébé de mes entrailles, les épaules sont plus larges que la tête, ça fait un mal de chien, je crie je crie JE CRIE! Et ça passe, je sens comme un gros poisson gluant glisser hors de moi, et pouf! Un poids posé sur mon ventre, non plus dedans mais dessus, je suis étonnée, comme si tous ces efforts m'avaient fait oublier que le bébé allait être là! Je redresse légèrement la tête, une grande boule viens m'obstruer la gorge, le moment est d'une intensité incroyable! Les cheveux blonds, d'abord, les petits mains si parfaites, les oreilles, les yeux, mon dieu il a déjà les yeux ouverts! Mais qu'il est grand et bien rond! Je lui parle, pour ne pas pleurer, je lui répète, "c'est fini, c'est fini, ça y est mon bébé, mon petit garçon!"
La sage femme demande "vous voulez couper le cordon?" J'entends un bruit étouffé, je tourne la tête, Jérémie, mon Jérémie est en larmes "je peux pas j'y vois plus rien", il tâtonne avec ses mains vers son fils, si beau, si vivant!

Ca y est, Cédric est né!

La 2e opération :


Lundi, on arrive à l'hôpital, on file direct à la consultation d'anesthésie car on est pas en avance. C'est assez chiant à Debré faut prendre des tickets comme à la sécu, faire la queue, ça prend trois plombe. Je dépose les étiquettes et la fiche de circulation de Cédric au secrétariat de l'anesthésie et je me fais engueuler parce que je n'ai pas fait son entrée d'abord! Cette pomme me dit comme si j'étais une gamine de 6 ans qui aurait par fait ses devoirs "ben puisque c'est comme ça vous allez faire votre entrée et vous reviendrez après!" Jérémie était assis avec Cédric dans les bras qui commençait à avoir faim, et tous les bagages éparpillés pour l'hospitalisation. Je cours aux admissions (cet hôpital est immense! Que de temps perdu!) où c'est plein gros nuls qui prennent tout leur temps pour papoter et font poireauter les gens. Le gars qui m'a prise était occupé à découper des jaquettes de cd photocopiées parce qu'entre collègues ils s'échangeaient des cd copiés non mais vraiment! Bref! Je fais les papiers, on va à la consult : tout va bien, Cédric peut passer l'opération. L'anesthésiste m'apprend que Cédric sera pris en 5e donc vers 11h le lendemain. Je demande à l'anesthésiste de faire son possible pour qu'il passe plus tôt car ça fait long à attendre pour un bébé affamé. Elle promet de faire ce qu'elle peut. On prends toutes nos affaires, ascenseur au point bleu, 4e étage. Je pousse les portes du service d'hospitalisation de semaine, et mon cœur s'arrête. C'est si dur de retourner au même endroit. Tous les souvenirs (mauvais) reviennent, et Cédric reconnais aussi l'endroit. Ce sont les mêmes infirmières qui m'accueillent, elles nous reconnaissent. J'installe nos petites affaires, Cédric joue avec son papa dans son lit, il est mort de rire, ça fait plaisir à voir! ma sœur Vio viens m'apporter un duvet pour la nuit. Le fauteuil se baisse en position allongée, je ne dormirais pas trop mal. Ma sœur nous a amené à manger aussi (du chinois), la chambre a senti le curry pendant tout mon séjour! Tout le monde s'en va, Cédric s'endort à son heure habituelle. On me confirme que je dois le réveiller à 3h30 pour qu'il ait fini son bib à 4h00. Je me couche assez tard, j'ai pas sommeil, je tourne, me retourne, dérange Cédric qui dort, je me lève, arpente toute la nuit les couloirs déserts de l'hôpital, boit café sur café. Bref : méga angoisse. A 3h30 je réveille mon titi pour lui donner un méga bib bien costaud avec plein de Céréales. Mon gros lardon tout étonné, me regarde en tétant mollement le bib, tout étonné de manger à cette heure. Il n'a pas vraiment faim mais pas contrariant il boit tout pendant que je lui explique que c'est son dernier bib, que le lendemain il faudra être patient, qu'il va être opéré, et qu'ensuite ce sera uniquement la cuillère. Mon bébé me regarde et m'écoute avec beaucoup d'attention, il enregistre tout ce que je lui dit. Le matin, au réveil de Cédric, je suis un peu vaseuse, lui a la pêche! ouf! Je lui donne un bain après avoir retiré son attelle, lui enfile sa blouse d'opération, et on va dans l'entrée du servie où il y a des fauteuils, des jouets et une télé, et je papote avec les autres mamans. Nos enfants passent tous le même jour. Il y a un petit Killiam de 5 ans dont la maman est enceinte, qui est opéré pour une retouche du palais, la croissance a fait un peu sauter la cicatrice, il parle avec un fort "accent de bec de lièvre" (voix très nasale, peu de consonnes), sa voix siffle il me fait mal au cœur, je ne peut m'empêcher de me dire que Cédric aura peut être un jour cette voix. Par contre je contemple avec admiration le travail fait par le docteur Oger sur sa lèvre qui a une cicatrice presque invisible malgré le teint mat du bout de chou. Il y a aussi un petit Alexandre qui a été opéré la veille, et qui pète la forme. Il y a un petit "Jean" qui a une maman très gentille, il a 8 mois, est trop mignon. Il a les deux derniers doigts de chaque main collés, et les orteils également. Mais on ne lui opérera pas les orteils. Une petite fille d'environs 8 ans a été opérée du nez (bec de lièvre aussi) la veille, elle est très malheureuse elle a pleuré toute la nuit car sa maman n'est pas restée avec elle, et les infirmière n'ont pas arrêté de l'engueuler car elle sonnait tout le temps l'alarme elle était très triste. On l'a cajolée toutes les mamans qu'on était, et fait des gratouillis dans le dos pendant des heures. Elle souffrait beaucoup et n'arrêtait pas de vomir. Sa cicatrice sanguinolente me rappelle à la réalité de ce que je devrais affronter le soir même. Monika, une jeune fille de 13 ans, se fait refaire également la cicatrice de sa lèvre et son nez. Sa maman est si angoissée qu'elle en est hystérique et engueule tout le personnel. Je vais aux nouvelles, Killiam est le premier à partir au bloc, Cédric est en 5e position. J'attrape au vol le monsieur qui descend les enfants au bloc et lui demande d'intercéder en ma faveur. Il remonte en me disant que Cédric sera pris en 3e. En fait je ne savais pas que ça ne changeais rien vu qu'il n'y a que 3 enfants qui sont opérés dans le bloc de Cédric, car les blocs sont attribués par spécialité. Le temps passe, les enfants s'en vont, petites silhouettes, souvent debout dans le lit-cage, les mains agrippées aux barreaux, appelant leurs parents. Le monsieur qui les emmène leur chante des chansons et leur raconte des fables de père-Noël pour les calmer. Les mamans seules se regroupent, hagardes, dans l'espace de repos. Cédric est sur mes genoux, sage. Il semble avoir bien compris mes explications nocturnes. Il s'agite un peu, et ne veut pas faire de sieste, il joue, puis plus tard, tête une tétine que j'ai retrouvé dans le sac à langer, avec vigueur. Je lui laisse ce plaisir, sachant qu'après il ne pourra rien téter avant longtemps. Les infirmières viennent lui poser une pommade anesthésiante sur les mains, en prévision de la perfusion. Elles sont impressionnées par son calme, depuis le temps qu'il n'a pas mangé, et elles ont décidé d'avancer un peu l'heure de la pose de la perfusion d'eau sucrée, histoire de le soulager. Dès qu'il aperçoit les infirmières, mon loulou fond en larmes. Je suis étonnée par la façon dont il perçoit les choses. La veille encore, elles ne lui faisaient aucun effet. Elles lui appliquent la crème et bandent les mains pour ne pas qu'il la retire. L'attente est longue encore. Enfin, elles viennent poser la perfusion. Cédric ne dit rien pendant la pose, il pleure à la vue des infirmières, puis se calme, on dirait qu'il est résigné. Il s'acharne encore sur sa tétine. Dans le canapé du coin repos, Monika attend son tour de partir au bloc, on discute, Cédric passe après elle, son intervention ne doit durer qu'une heure, mais elle n'est pas partie encore. Enfin, on l'emmène, Cédric en a marre, il gigote comme un vers sur mes genoux, mord rageusement la tétine qu'il a dans la bouche. Je lui parle, je suis émue, je lui dit tout l'amour que je lui porte, je lui promet d'être là avec son papa à son réveil. Et puis celui que tout le monde appelle amicalement "tonton", viens chercher Cédric. Je n'ai pas le cœur à suivre le lit, et le monsieur ne m'y encourage pas. Il me dit d'embrasser mon petit, j'ai du mal à retenir mes larmes. Je répète à Cédric que tout va bien se passer, qu'il va dormir, et que quand il se réveillera, nous serons là son père et moi, qu'on fera tout ce qu'il faut pour qu'il n'ait pas trop mal. Je le serre dans mes bras. Cédric a ce regard si attentif et interrogateur. Cet appel muet qui dit "on ne peut pas faire autrement, n'est ce pas?", les yeux écarquillés, il penche la tête en arrière pour me regarder alors qu'on l'emmène loin de moi. Je m'appuie au montant de la porte pour ne pas tomber, j'ai les jambes qui tremblent, et je sens les larmes envahir mes yeux. Il me fixe ainsi jusqu'à ce qu'il passe la porte du service. Je m'enferme dans la petite chambre et je vide mes yeux de leurs larmes. J'appelle Jérémie mais il ne répond pas. Je me sens vide, perdue. Je décide de manger le sandwich que j'ai laissé la veille sur la fenêtre, et puis de faire un somme. Mais au bout de 30 minutes de sieste, Jérémie me téléphone et me réveille. J'abandonne l'idée de dormir et erre entre le coin repos et le distributeur à café du rez de chaussée. Petit à petit, les enfants remontent. Ils ont tous le même regard vidé de toute substance. La mère de Monika est partie dépenser convulsivement le contenu de son compte en banque, pour se calmer. Elle me dit qu'elle travaille le surlendemain, jour férié, et que ça remboursera ses achats. Quand elle reviens, Monika n'est pas remontée encore, elle voit la chambre vide et se met à hurler "ma fille! Où est ma fille!" elle trépigne, crie, pleure, on dirait qu'elle va tuer tout le monde. Tout le monde est choqué mais moi je suis émue par son angoisse, je vois bien qu'elle n'arrive pas à se contrôler. Je la prends par le bras, je lui dis "venez" et je l'entraîne en bas à la machine à café. Elle n'a pas dormi ni mangé depuis qu'elle est arrivée. Elle fume une cigarette, elle pleure, essaie de m'expliquer avec son accent Grec ses angoisse, elle me parle de sa fille, de son caractère, de ses habitude. Je l'écoute, je ne peut rien faire d'autre pour elle. Rapidement on remonte. Il y a des parents qui ne supportent pas de rester à attendre à l'hôpital et d'autres comme moi qui ont trop peur de rater le retour de leur petit pour s'éloigner du service. Killiam n'est toujours pas remonté du bloc, sa maman est inquiète, elle doit partir chercher son mari qui la remplacera la nuit au chevet de son fils. Elle attend qu'il revienne du bloc pour partir. Jérémie arrive à 16h00 à l'hôpital. Je suis contente qu'il soit là et je suis de plus en plus nerveuse. Je pense à Killiam qui n'est pas remonté, alors qu'on sait qu'il est sorti du bloc à 11h00 puisque Monika et Cédric son opérés dans le même bloc. Pourquoi reste-t-il si longtemps en salle de réveil? On a toutes le cœur un peu serré. La maman a du repartir finalement, chercher son mari. Ma sœur Violaine viens nous voir, mais quand elle repart à 18h00, Cédric n'est pas encore remonté. Je fais part de mes angoisses concernant Killiam aux infirmière qui m'expliquent qu'il est courant qu'un enfant reste longtemps en surveillance, parfois même toute la nuit, et que là bas ils ont plus de personnel qu'ici, et que c'est plus prudent. Elles me rassurent, Killiam va bien, il n'est pas en danger. Je respire. J'en ai marre d'attendre, Jérémie doit partir à 20h00 et j'ai peur que Cédric ne soit pas revenu alors. a 19h19, Killiam remonte de la salle de réveil. Sa maman n'est pas là, mais le petit dort. Je demande au monsieur qui le ramène s'il a des nouvelles de Cédric, il me dit qu'il suit, qu'il va arriver d'ici 2-3 minutes. Je colle mes yeux au hublot de l'entrée du service, et aperçoit enfin tout au bout du couloir, le lit de Cédric.
J'ouvre en grand les portes, je suis submergée par l'émotion, j'ai envie de rire et pleurer à la fois. Cédric nous regarde en passant devant nous, les yeux brumeux, l'air hébété, le visage gonflé et plein de sang. Mais que je le trouve beau! Je ressent la même chose que lorsque j'ai accouché, et qu'on m'a posé ce petit poisson tout gluant de sang qu'on venait d'extraire de mon ventre. L'un des hommes me dit "il m'a fait de la peine quand on est allés le chercher, il avait un regard si triste." Je pense au regard qu'il avait quand on l'a emmené. C'était sans doute le même regard. Avec ses grands yeux si expressif, mon fils est bouleversant parfois. J'ai peine à retenir mes larmes en attendant de me retrouver seule avec Jérémie et Cédric. Quand tout le monde est parti, je détourne les yeux de mon bébé et me blottis dans les bras de Jérémie, je sanglote très fort, quelques secondes, j'ai tant d'émotions en moi! Soulagement, joie, mais aussi peine pour la douleur de Cédric, angoisse devant sa fragilité, peur de ce sang, de ces fils partout. Et puis je baisse les barreaux du lit je m'approche du visage de Cédric, je lui parle doucement, je lui dit "tu vois on est là tous les deux, tu es beau, tu es tellement beau!" et je pleure, je pleure. Jérémie a les yeux brillants et la gorge nouée, il n'arrive pas à parler mais son regard en dit long. Les infirmières viennent pour les soins, Cédric pleure, j'ai peur de le prendre, de tirer sur la perfusion, et surtout de lui faire mal. Mais je le prends quand même, il enfoui son visage contre moi, comme jamais il ne l'avait fait avant, laissant des traces de sang sur mes vêtement. Je ne l'empêche pas de faire ce geste, les infirmières non plus, il a plus besoin de ça que de tout autre chose. Jérémie dit qu'il doit partir, j'ai peur de me retrouver seule avec Cédric et toute sa douleur. Il le faut pourtant. Mon ange s'endort dans mes bras, je le couche dans son lit, je ne peux pas l'habiller, à cause de la perfusion, les manchons et son visage tuméfié. Je le couvre comme je peux, il bave et son nez sécrète énormément. Tout est trempé. Mais il n'y a rien à faire pour l'instant. Il a un grand besoin de repos, tant pis si son visage baigne dans un mélange de mucus et de sang. Je passe doucement des compresses pour enlever ce que je peux, le couvre avec une chemise d'opération propre puis le drap et la couverture. Il dort à poings fermés. Je sors sans bruits de la chambre. Je ne sais pas où aller, je ne veux pas m'éloigner de peur qu'il se réveille, ni rester de peur de le gêner. Toutes les mamans sont près de leurs petits. Comme au mois de Juillet je me sens seule et désemparée. La nuit tombe, je décide d'aller m'acheter à manger même si je n'ai pas faim. Mais la cafétéria est fermée, je prends un kinder country au distributeur, et un chocolat chaud. Je remonte. Cédric se réveille en criant. Je l'apaise en caressant ses cheveux. Ce contact le rendort immédiatement. Je suis épuisée. Je m'allonge sur le fauteuil, me roule dans le duvet, et m'endors immédiatement. 1h plus tard, nouveau hurlement. Je sursaute, me lève, rendort Cédric, me recouche. Je répète ce manège toute la nuit durant, toutes les 15 ou 30 minutes suivant les périodes, Cédric hurle de douleur et se rendort aussi sec d'épuisement. Au matin je suis lessivée. Une infirmière compatissante lui change sa perfusion contre un produit plus fort. Cédric s'apaise et dort une heure complète. Une autre infirmière vient enlever le produit, elle dit qu'elle n'aime pas l'utiliser sur les bébés, et mets une seringue électrique à la place. Cédric se réveille moins souvent, crie moins. Je ne le quitte pas une seconde de toute la journée. Quand il s'éveille il commence un peu à gesticuler, à jouer. Mais de façon désordonnée, presque convulsive. Il s'accroche aux barreaux du lit, se met en travers, hisse ses jambes, arrive à plier les bras malgré les manchons pour mettre ses pouces dans sa bouche, ou tire sur sa perfusion. Je n'ose pas le quitter des yeux de peur qu'il arrive quelque chose. Je demande à une infirmière de lui préparer dans une assiette une bouillie de lait épaissi et de céréales. J'installe Cédric dans son cosy, il a l'air bien dedans, apaisé. Il mange sa bouillie très calmement, il avale la moitié de l'assiette soit à peu près 100-120 ml. Je suis très contente qu'il mange si bien. Peu à peu le service se vide. Beaucoup d'enfants s'en vont aujourd'hui. Je pars faire une pose café avec la maman de Monika, elle a une mine affreuse, n'a toujours rien mangé depuis 3 jours, ni dormi. Elle hurle sur tout le monde. Une infirmière me dit que je dois aller à la pharmacie acheter de la colle pour la plaque palatine de Cédric car il n'en ont pas à l'hôpital. En bas, je croise la maman de Monika qui sors de la cafétéria avec un sandwich, je suis rassurée de la voir manger, mais elle est pire que jamais. Elle viens de faire un scandale dans la cafétéria. Je l'accompagne à la machine à café, elle allume une cigarette, je lui rappelle qu'elle n'a pas le droit de fumer à l'intérieur. Elle me dit avec son accent prononcé "je m'en fous je les emmerde!" Des infirmières qui prennent leur pose lui demandent de sortir. Je vois une expression dans son regard qui m'alarme. Je l'attrape par un bras, lui dit "viens, on va prendre l'air". Dehors elle pique une nouvelle crise de rage. Elle me fait peur, comment va-t-elle s'occuper de sa fille dans cet état. Je la laisse là car je dois acheter la colle pour Cédric et je ne veux pas laisser mon fils trop longtemps. Elle pleure, elle a fait un scandale pour que sa fille puisse sortir en fin d'après midi, mais ni la mère ni la fille ne sont en état de seulement descendre leurs affaire jusqu'en bas. Je lui promet de l'aider, et je m'en vais. Dans le nuit précédentes, on avait été toutes les deux au service des urgences pédiatriques, seul endroit animé la nuit, pour essayer d'échanger son billet de 5€ en monnaie pour le café. J'ai été très choquée de l'attitude des gens quand elle s'adressait à eux. A cause de son argent et de sa façon de parler lentement, au premier abord il la prenaient pour une droguée peut être ou une mendiante. Elle n'avait pas le temps de s'expliquer que les gens faisaient semblant de ne pas la comprendre. Finalement elle arrive à expliquer sa requête à une femme et dans la salle d'attente ils ont tous eu les boules de leur attitude! Moi ça m'a rendue furax. L'après midi commence, et s'étire en longueur. Cédric dort paisiblement, moi je suis épuisée, je sens que j'ai faim sans avoir envie de manger. J'ai mal au ventre à cause de tout ce café. Tout le monde ou presque est parti, et on commence à déménager les enfants restant vers le service de l'étage au dessus, car ici toutes les infirmières font le pont et ferment le service pour le week end. Killiam est tout seul, sa maman n'a pas pu venir parce qu'elle a deux autres enfants à charge. Il pleure convulsivement sur son lit, les infirmières semblent indifférentes. Il me fait de la peine. Il est tout nu, elles ne lui ont même pas mis un slip, parce qu'il a de la fièvre. Son visage est ravagé par les larmes, il a du sang qui reste de son opération, et de grandes traces rondes sur le thorax. Son nez coule, il n'en peut plus. Avec la maman de Monika, on le rafraîchit un peu, on le câline, on essaie de le rassurer. Mais il veut sa mère. Finalement les infirmières prennent le relais. Enfin le taxi de Monika est arrivé. Je demande à une infirmière de veiller sur Cédric et me dépêche de porter les bagages pour revenir vite. C'est très lourd, Monika est faible elle vomit dans le couloir, mais sa mère veut à tout prix rentrer chez elle. Monika à l'air furieuse contre sa mère, mais sa mère est au bord de la crise de nerfs et personne n'ose rien lui dire. Moi non plus. Je me contente de l'accompagner en silence, j'ai ressent presque lucidement son angoisse et sa détresse. Je sors dans le froid, Monika se blottis dans le taxi pendant qu'on charge les bagages. Sa maman me serre très fort contre elle, elle pleure en me remerciant. Moi je ne peut rien dire, il n'y a rien à dire. Je suis triste pour elle et je suis triste pour Monika, ça ne doit pas être drôle de vivre avec une maman pareille! Je remonte auprès de Cédric. On nous transfère à l'étage du dessus. Il y a tant de monde qu'on est tous à 2 par chambre, y compris les bébés. On m'attribue un fauteuil qui ne s'allonge pas, le même que j'avais eu à la première opération. Je dis à l'infirmière que je préfère dormir par terre. Le voisin de Cédric est un bébé de 6 semaines, il n'est pas encore revenu du bloc, on l'opère d'une hernie inguinale. Ses parents sont un jeune couple très gentil mais très angoissés aussi. Le bébé reviens, c'est un très joli bébé, il a l'air de ne pas trop souffrir. Mais il réclame à manger toutes les 2h30 -3h00 et pleure beaucoup d'angoisse. Ses appareils de surveillance respiratoire, cardiaque, et ses perfusions ainsi que celles de Cédric se relaient pour sonner sans cesse pour un rien, empêchant les enfants de dormir. Cédric est parti pour faire sa nuit après un copieux repas au biberon-cuillère, mais il est sans cesse réveillé par le petit et par les machines. Je tombe de sommeil mais me résigne à une nouvelle nuit blanche. J'essaie de calmer Cédric, il est épuisé et hurle de colère, il veut dormir. Parfois il s'endort malgré le bruit, pour se réveiller 15 minutes après. L'autre maman et moi n'en pouvons plus. La nuit est très, très longue. Au petit matin, les bébés s'endorment, tout redeviens calme, mais il est trop tard pour dormir. C'est le jour de la sortie pour les deux bébés, les infirmières passent souvent. A un moment donné, Cédric se réveille en poussant des cris de douleurs qui résonnent dans tout le service. Je tente de le calmer mais rien à faire, je pense tout de suite à sa perfusion. L'infirmière arrive en courant, tâte son bras et enlève précipitamment son bandage et ses manchons. Son bras et sa mains ont triplés de volumes et sont durs comme du bois. Elle lui enlève la perfusion et Cédric se calme enfin. Comme les manchons sont de toutes façons trop petits, L'infirmière me donne deux petits bracelets de cotons à scratch, sur lesquels partent de longues ficelles. J'attache ainsi ses bras à ses genoux pour ne pas qu'il puisse lever ses bras jusqu'à se bouche. C'est assez barbare mais pas plus que les manchons, et il est trop important qu'il ne casse pas ses fils pendant au moins 10 jours, alors tant pis, on fait avec. Pour la première fois j'enlève sa plaque palatine toute seule. C'est pas agréable à faire et Cédric hurle. En plus beaucoup de colle reste sur le palais et c'est dur à enlever, je ne peux pas appuyer fort ni tirer à cause des fils, c'est assez laborieux à enlever. Depuis je mets très peu de colle sur la plaque. Enfin, à 11h30, le médecin passe. On m'a dit que je n'aurai peut être pas de bon de transport et je suis très inquiète. Je suis tellement fatiguée et je ne sais plus depuis combien de temps je n'ai pas mangé, que je tremble de fatigue et je me sens un peu comme la maman de Monika la veille : désespérée! Je suis au bord des larmes, c'est à cause de la fatigue. Je me sens même incapable de soulever Cédric. J'insiste auprès du médecins pour avoir mon bon de transport et finalement il accepte. Le taxi est arrivé et j'ai encore des tas de papiers à remplir plus tout les bagages à descendre. Le papa du petit bébé de 6 semaines m'aide à tout descendre, c'est une véritable épreuve pour moi car je n'en peux plus. Enfin, je me retrouve assise à l'arrière d'une grosse BMW bien confortable, mais le chauffeur me fait la conversation et m'empêche de m'assoupir. Jérémie monte Cédric dans son siège auto et moi les bagages. Je n'ai qu'une envie : dormir! Mais je dois nourrir Cédric. Depuis l'opération il ne réclame pas ses repas, et j'essaie de lui maintenir le même rythme régulier qu'avant l'hospitalisation, pour qu'il se sente très vite de nouveau dans son élément. Je lui donne un petit pot de carottes-poulet, et il en mange une bonne quantité. Ensuite je le couche, Jérémie nous a préparé à manger. J'engloutis la moitié de la pizza avec bonheur! Je voudrais me coucher mais je me sens vraiment sale. Jérémie me fait couler un bain, il me lave comme si j'étais un petit enfant. Cédric se réveille et Jérémie va le chercher pendant que je sors de l'eau. Il me dit qu'il va s'en occuper et moi je file au lit. Il s'est occupé de lui tout l'après midi, lui a donné son goûter et tout, et j'ai pu me reposer plus de 2h... Ce qui a été très dur aussi c'est quand on est arrivés, Cédric ne reconnaissais pas l'appartement, ni même son père. Il regardait autour de lui et avait l'air paniqué. Ce n'est qu'au moment où je l'ai couché dans son lit qu'il s'est rendu compte qu'il était chez lui et ça a été mieux.

Date de création : 05/01/2008 ~ 16:34
Dernière modification : 05/01/2008 ~ 16:34
Catégorie : Témoignages
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